Mais cette dérégulation aurait des vertus économiques, serait-elle pour autant acceptable ? Quelles en seront les conséquences sur la vie professionnelle ? Les chômeurs qui refuseront de s'y plier ne passeront pas la barrière de l'embauche, le maintien de l'égalité entre commerçants sera ruiné par la captation de clientèle, le chantage à la progression de carrière, aux augmentations de salaire et aux attributions de formation fera pression sur les salariés et les rémunérations supplémentaires, pour beaucoup, ne feront que payer la garde dominicale des enfants.
A côté de toutes ces discussions, si j'ai voulu partager avec vous ce débat, c'est que le principe qui sous-tend ce texte me semble beaucoup plus grave qu'il n'y paraît. Remettre en question le repos dominical, c'est toucher aux fondations de notre société. Le dimanche est une parenthèse. On le consacre à sa famille, à ses amis, à son couple, à ses enfants, à des parents âgés. Certains le consacrent aussi à des pratiques sportives, culturelles, associatives, d'autres à une vie spirituelle. C'est le jour des pratiques amateur de musique, de dessin, de danse. C'est le temps privilégié du jardinage, de la cuisine. C'est surtout le moment, quoiqu'on fasse, de prendre son temps. Et l'appétence de notre société pour un temps différent, c'est qu'elle y reconnaît le repère structurant de la cellule familiale et de la cohésion sociale. Comment organiser des événements communs si chacun prend son repos hebdomadaire un jour différent ? Comment organiser des rendez-vous populaires ?
Il faut sanctuariser un jour de la semaine, hors de la logique marchande, pour assurer la concordance des temps sociaux, maintenir la qualité du temps libéré, respecter la synchronisation des pratiques, tisser des liens sociaux et poser un repère temporel identitaire pour les communautés urbaines et rurales. La suppression de cette pause commune dans le quotidien déstructurerait non seulement la société mais aussi les familles dont les membres ne feraient plus que se croiser sans parler de l'impossible répartition des week-ends pour les enfants des couples divorcés et de l'insondable désarroi des familles monoparentales. C'est un choix de société fondamental pour la collectivité mais aussi pour l'individu. Cette fausse liberté d'acheter le dimanche a un coût humain. L'horizon indépassable de la consommation qui nous est proposé privilégie à nouveau une société de l'avoir sur une société de l'être. L'accomplissement de soi n'est pas l'affairement, la gesticulation, la fuite en avant et la consommation. Nicolas Sarkozy, l'instigateur de cette réforme, poursuit son processus de déréglementation du monde du travail.[...] Je reste persuadé que le travail est un bien collectif, qu'il est source d'accomplissement s'il est aménagé pour l'humain. A travailler plus pour gagner plus, je préférerai toujours travailler tous et travailler mieux "