Acheter une formation comme on achète une veste ? Réflexion sur l’éthique du consommateur… et du professionnel
Le débat autour de la consommation éthique revient régulièrement dans les discussions publiques. Ces dernières années, les projecteurs ont été tournés vers les plateformes chinoises de vente à bas coût. Pourquoi ? Parce qu’elles alimentent une forme d’achat compulsif : on veut tout, tout de suite, à bas prix. Mais au-delà des vêtements ou gadgets, cette logique consumériste s'étend aujourd’hui à d'autres domaines, y compris celui de la formation professionnelle.
Le parallèle encore trop rarement fait
On parle souvent de sécurité quand il s’agit d’objets physiques. Un jouet non conforme, un produit électronique mal conçu peuvent être dangereux. Mais qu’en est-il des formations low cost, conçues à la chaîne, sans ancrage territorial ni réflexion pédagogique approfondie ? Peu de discussions portent sur les risques immatériels : la perte de qualité de l’apprentissage, le désengagement des apprenants, la dévalorisation des métiers de la formation.
Les motivations derrière ces achats sont similaires : le prix bas et l’accessibilité sans contrainte. Comme pour un vêtement vu sur les réseaux sociaux, l’achat de formation se fait sur une impulsion, déclenchée par une promesse forte : "formation rapide", "certification garantie", "accessibilité 24/7". Une partie des plateformes utilise même les mêmes techniques d’UX marketing pour stimuler ces achats : captation de données, personnalisation algorithmique, gamification des parcours.
L’économie de l’attention au service d’une formation standardisée
Des études en neurosciences cognitives ont montré que le cerveau humain est sensible à la gratification immédiate, ce qui explique notre attirance pour les plateformes qui promettent une satisfaction rapide (Schultz, 2016). Cette logique s’applique désormais aux formations : micro-certifications rapides, vidéos formatées, contenus préconstruits.
L’intelligence artificielle joue un rôle majeur dans cette transformation. On observe une "industrialisation" de la formation :
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Automatisation des modules,
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Recours à des prestataires low cost à l’étranger,
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Externalisation de la conception pédagogique.
Il s’agit d’une ubérisation du savoir, où le formateur devient une variable d’ajustement, et non plus un acteur central de l’apprentissage.
Et pourtant, la formation n’est pas un produit comme un autre
Un vêtement mal taillé peut être retourné. Une formation mal conçue peut avoir des conséquences durables sur la vie professionnelle de l’apprenant. Ce n’est pas simplement une perte de temps, c’est parfois une perte de motivation, une réorientation forcée, un désengagement vis-à-vis de l’apprentissage tout au long de la vie.
Les centres de formation jouent ici un rôle crucial :
➡️ Ils conçoivent des formations sur-mesure, ancrées dans les besoins réels du territoire.
➡️ Ils valorisent l’intelligence collective, le lien humain, l’accompagnement.
➡️ Ils transmettent un savoir-faire, pas seulement un savoir.
Former un salarié, ce n’est pas lui vendre un produit. C’est lui permettre de se projeter, d’évoluer, de maîtriser des gestes, des outils, des postures. Ce sont les fondements mêmes de la pédagogie active et de l’apprentissage professionnalisant.
En conclusion : choisir, c’est s’engager
La société est confrontée à des choix éthiques majeurs, qu’il s’agisse de vêtements, de nourriture, ou de formations. Choisir une formation à bas coût, c’est aussi choisir un modèle :
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Moins d’interactions humaines,
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Moins de contextualisation,
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Moins de savoir-faire transmis.
Quelle ambition avons-nous pour la montée en compétences de nos salariés ?
Quel avenir voulons-nous pour les filières et leurs métiers ?
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